Yoshitaka Amano
J’ai découvert Yoshitaka Amano par hasard, en flânant dans ma librairie préférée il y a quelques années de cela. Quand mon regard s’est posé sur le livre dont vous pouvez voir la couverture ci-dessous, je n’ai pas hésité une seconde à me l’offrir.

Le Japon me fascine depuis un très long moment et des voyages que j’y ai fait est toujours ressortie une impression de raffinement extrême et pas seulement dans les domaines culturel et artistique. Je me souviens de bentō achetés dans des gares de Tōkyō, ou à bord de trains japonais, qui ressemblaient à de véritables œuvres d’art tant ils étaient emballés avec goût et soin (ça change vraiment des horribles sandwiches sous vide qu’on trouve dans les trains français). Leur art de la table me rend d’ailleurs très admirative, il faudra que je poste ici quelques photos de plats servis dans des restaurants traditionnels de Kyōto car ça vaut vraiment le coup d’œil. Je n’ose même pas parler des costumes traditionnels car là je vais sérieusement devenir trop lyrique! N’empêche qu’il n’y a pas de vêtement plus sensuel que le kimono et je sais de quoi je parle. Mais revenons à Yoshitaka Amano.
Yoshitaka Amano est né en 1952 à Shizuoka, non loin du Mont Fuji. Il se passionne très tôt pour le dessin et dès l’âge de 15 ans, il rejoint les studios de la Tatsunoko Productions où il travaille comme animateur sur des séries telles que Gatchaman (La Bataille des Planètes en français), Casshan ou Hutchi le petit prince orphelin. Amano s’intéresse rapidement à l’illustration et quitte Tatsunoko Productions en 1987 pour s’y consacrer entièrement. La fantasy et la science-fiction deviennent ses domaines de prédilection. Il travaille notamment pour la version japonaise du Science-Fiction Magazine. En 1984, il publie son premier artbook, Maten (Demon Sky). Suivront des collaborations avec des auteurs tels que Hideyuki Kikuchi (Vampire Hunter D), Kaoru Kurimonto (Guin Saga), Yoshiki Tanaka (Arslan Chronicals) ou Baku Yumemakura (Rasen-O, Chimera). Par ailleurs, le réalisateur de Ghost in the Shell, Mamoru Oshii, l’invite à la même époque à collaborer sur son film Tenshi no tamago (L’oeuf de l’Ange) qui deviendra culte par la suite.
(Vampire Hunter D – 1983)
(Guin Saga – 1984)


(Arslan Chronicles – 1986)

A l’aube des années 90, il met pour la première fois en espace ses propres peintures avec l’exposition Hiten au Yurakucho Mullion de Tōkyō. Il se rapproche ensuite du monde du théâtre en créant les décors et les costumes de nombreuses pièces kabuki sous la direction de Tamasaburō Bandō , l’un des plus grands acteurs de la scène japonaise contemporaine.

Hiten (1989)
(Exemples de costumes réalisés par Amano à l’intention de Tamasaburō Bandō pour la pièce de kabuki “Kaijin besso”)

La décennie 90 marque un tournant dans la carrière d’Amano car la renommée qu’il a acquise les années précédentes lui ouvre de nouvelles portes, celles de la conception visuelle de jeux vidéos. Il participe notamment au design des personnages du Final Fantasy de Hironobu Sagakuchi. On retiendra aussi son travail sur Front Mission, Gun Hazard et Kartia: World of Fate.
(Final Fantasy)





Front Mission
En 1997, Yoshitaka Amano quitte le Japon pour s’établir à New York, la ville de ses rêves. L’année suivante, suite à une commande de l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles, il s’attaque à la mise en image des Contes des 1001 Nuits dans le cadre du projet Filmharmonic, visant à présenter les travaux inédits de compositeurs de musique de films joués en direct pour accompagner la projection de court-métrages conçus par de grands réalisateurs.
Parallèlement à la réalisation des 1001 Nuits, Amano publie un nouvel artbook d’après le grand classique de la littérature japonaise du XIème siècle, le Genji Monogatari (Le Dit du Genji) de Murasaki Shikubu. Le Dit du Genji retrace de manière très romanesque la vie et les amours du Prince Genji, fils non reconnu de l’Empereur du Japon dont la beauté et le charme font se pâmer toutes les dames de la Cour Impériale de Kyōto, et de son fils Kaoru.




En 1999, Yoshitaka Amano rencontre l’écrivain britannique Neil Gaiman, qui s’apprête à fêter le dixième anniversaire de la série de comics The Sandman dont il est le scénariste. Ce dernier lui propose alors d’illustrer son nouvel opus The Sandman: The Dream Hunters. Quelques extraits ci-dessous.





The Sandman: The Dream Hunters est une des œuvres les plus populaires, mondialement parlant, de Yoshitaka Amano. Vampire Hunter D en est une autre. Les dessins d’Amano associés à la plume de Hideyuki Kikuchi ont fait l’objet de deux adaptations cinématographiques, Vampire Hunter D: Chasseur de Vampires réalisé en 1985 par Toyoo Ashida puis Vampire Hunter D: Bloodlust, réalisé en 2000 par Yoshiaki Kawajiri. Ces deux films ne racontent pas la même histoire et n’ont absolument pas le même traitement visuel. Personnellement je préfère de très loin la version 2000 car bien que ce soit de l’animation on a réellement l’impression de voir un véritable film. Pour avoir plus de détails sur l’histoire, cliquez ici.
(version 1985)
(version 2000)
Actuellement, Yoshitaka Amano continue d’exposer ses œuvres à travers le monde. Il est un des illustrateurs japonais les plus célébrés de son temps.
On peut dire du style d’Amano qu’il fait la synthèse entre arts de l’Orient et arts de l’Occident. Personnellement, j’y vois des influences de techniques japonaises telles que celles de l’ukiyo-e (estampes japonaises gravées sur bois) ou de l’emaki, mais je pense aussi au symbolisme, à l’Art Nouveau et “Fin de Siècle” européens (avec des artistes tels qu’Aubrey Beardsley, Gustav Klimt, Alphonse Mucha ou Gustave Moreau), ainsi qu’au psychédélisme américain (Amano est connu pour admirer l’oeuvre de Peter Max). Personnellement j’apprécie la précision de son trait et le raffinement de son dessin ainsi que son art de mélanger les couleurs. Par ailleurs, je me sens particulièrement attirée par l’univers qu’il aime représenter, avec ses créatures fantastiques, ses anti-héros romantiques et ses histoires d’amours sensuelles.
Pour finir, quelques unes de mes illustrations préférées issues des divers artbooks d’Amano:
(Maten – 1984)

(Hiten – 1989)












Ceci n’est qu’une petite partie des illustrations d’Amano que j’admire et je pense donc y consacrer un deuxième billet prochainement.
N.B: Toutes les illustrations présentées dans cet article sont issues de l’excellent site L’Art de Yoshitaka Amano.

J’adore le dessin d’Amano: ses représentations sont toujours très sensuelles et poétiques, et la finesse de son trait! Et le jeu des couleurs! Un maître!
J’aime beaucoup aussi, comme tu le faisais remarquer, l’alliance qu’il effectue entre l’art oriental de l’estampe où le dessin apparaît comme “flottant” et le symbolisme européen du XIXe siècle. Tout çà contribue à créer un univers onirique vraiment passionnant et de toute beauté!
Merci pour ton commentaire!
Je suis ravie de voir que tu apprécies aussi le travail de Yoshitaka Amano & je suis bien d’accord avec toi: c’est un maître!
[...] telle que je peux fantasmer des heures devant une fontaine à chocolat! Léger retour donc sur un de mes précédents billets où j’évoquais brièvement ma fascination pour le Japon en général et le raffinement de sa [...]
[...] Klimt, peintre autrichien de la fin du 19ème et début du 20ème siècle. Pour aller plus loin : un article intéressant et très bien illustré sur la carrière d’Amano Le Comte de Monte Cristo, version scy-fy, avec mechas intégrés [...]
Jeudi Manga : inspirations | She-Geek a dit ceci le 2 décembre 2010 à 09:54 |